Chasse des oies en février : il faut faire évoluer les règles européennes

mercredi 18 février 2015

Depuis de trop nombreuses années, les chasseurs de gibier d’eau sont voués à l’incertitude des dates de fermetures et soumis aux promesses ensorceleuses…
L’analyse d’Eddie Puyjalon Vice-président de CPNT

Aujourd’hui, le vieux sauvaginier ne sait plus à quel saint se vouer. Il se souvient d'une année où l'oie était autorisée jusqu'au 10 février et les canards fermés puis l'année suivante où c'était l'inverse. Une autre fin de saison voyait l'instauration d'une dérogation avec un PMA journalier de 3 oies, puis une succession de fermetures de la chasse des oies sous une forme plus que litigieuse qui ne ravissait personne et certainement pas les chasseurs... Les politiques en place et de tous bords abusant souvent de cette forme de chasse officieuse, s'adonnant régulièrement à cette stratégie avant des élections et le gouvernement actuel ne dérogeant en rien à la règle de ses prédécesseurs, surenchérissant même dans leurs promesses, puis dans les actes, avec l'Instauration d'une mesure de pédagogie jusqu'au 9 février... Mesure peu appréciée par le Syndicat national de l'environnement FSU  des inspecteurs  envisagent de constater l'infraction avant le 9 février puis de convoquer le contrevenant après le 9 février pour lui dresser procès-verbal, etc.

Pourtant ce bon vieux chasseur aura connu la chasse des oies jusqu'au dernier jour de février, un argument qui plaide en sa faveur, puisque les effectifs d'oies auront continuellement progressé durant toutes ces années où la chasse s'exerçait tout au long de ce mois...

Jamais la fermeture des oies n'aura fait autant couler d'encre que cette année, notamment dans les instances de la chasse. Si aujourd'hui elle est fermée au 31 janvier, elle le fut au 28, puis au 20 et au 10 février sous différentes formes tant officielles, qu'officieuses. Les vieux sauvaginiers sont obligés de se replonger dans leurs carnets de chasse pour suivre l'historique tant législatif que biologique et d'essayer de retrouver les arguments qui ont forgé leurs propres convictions sur la chasse des anséridés.

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Simple chasseur passionné, je suis avec effarement l'emballement médiatico-cynégétique autour de ce sujet et reste interrogatif sur les affirmations distillées ou espoirs provoqués ici où là par des responsables cynégétiques qui suscitent la réaction, parfois, mais à juste titre exacerbée, des chasseurs de base. Cela peut se comprendre, car ces chasseurs passionnés réduisent souvent leur réflexion au fait élémentaire... qu'ils veulent chasser, tout simplement quand les migrateurs sont là ! Et surtout quand une espèce se porte aussi bien que les oies ou les siffleurs et qu'elle est détruite plus tard encore dans le nord de l'Europe...

C’est l’aggloméra de la directive 2009/147 CEE (ex 79/409 CEE) et du rapport Van Puten de 1994 qui fixe par la jurisprudence de notre Conseil d'État au 31 janvier comme date butoir de la chasse de nombreux oiseaux migrateurs et en fait la clé de voûte de l'écologie punitive contre nous chasseurs de France !

En mai 2013, la FNC annonçait que Gilbert de Turckeim proposait une rencontre OMPO/FACE pour recueillir l'avis de la Commission européenne sur un assouplissement du guide interprétatif. Le but de la FACE : organiser une réunion des pays situés sur les voies de migration des oies pour définir des règles de gestion européennes. OMPO se chargerait alors de réunir les nouvelles données scientifiques pour établir avec la FACE, l'ONCFS et la FNC un argumentaire scientifique à l'attention de la Commission. De plus, en France, un argumentaire scientifique portant sur les trois années d'études scientifiques (2011-2014) menées par l'ONCFS serait présenté au ministère de l’Écologie.

En janvier 2014, le président du groupe chasse Plisson proposait l'idée d'une dérogation scientifique pour prélever une certaine quantité d'oie pour en étudier les gonades. Il affirmait que si les études étaient favorables à l’image de la bécasse, on chasserait jusqu'au 10 février 2015.

Par la suite la FNC se réjouissait de la décision du ministre de prolonger la chasse jusqu'au 10 février 2014, en relevant des données scientifiques nouvelles et la prise en compte du guide interprétatif de la directive oiseaux publié par la Commission européenne. Les chasseurs savent ce qu'il en a été du fiasco de la fermeture des oies en 2014 avec les jugements successifs du Conseil d'État et des chasseurs virés de leurs tonnes manu militari par la garderie...
 
2015-02-puyjalon3Depuis plusieurs mois, Vincent SCHRICKE (ONCFS) informait que les résultats de l’étude qu’il menait pour le compte du ministère de l’Écologie et du GEOC ne seraient pas favorables aux chasseurs, jusque là rien d'anormal en soi quand on fait un travail sérieux et selon un cahier des charges. De plus, aujourd'hui, qui pourrait affirmer que les relevés d'effectif des oies en hivernage en Espagne ne baissent pas de façon significative avant la fin du mois de janvier ? Le rapport de Jacques Comolet-Turman en vue de la réunion du GEOC le 3 novembre 2009 qui dans ses conclusions observait qu'une part significative de la migration avait lieu avant le 31 janvier, avec en moyenne 10 % des effectifs dénombrés sur les 4 dernières années du rapport ( 2006 -2009). Qui peut croire que le phénomène allait conduire à un mouvement plus tardif aujourd'hui, alors que l'on constate, réchauffement climatique ou pas, un phénomène inverse.

Dans un second temps, il se disait qu'une écriture plus favorable serait demandée par ceux qui ont la main mise sur ce dossier à l'Office, ou du moins, sa conclusion, car jugée pour le moins malheureuse ?

Dans ce climat délétère qui jette en pâture de simples salariés pour en faire les boucs émissaires d'un manque d'anticipation, d'analyses et de travail sérieux et concerté de nos dirigeants, il est difficile de croire à une coordination efficace de nos instances cynégétiques et politiques pour la défense de la chasse en février, alors que nous traînons ce boulet depuis plus de 20 ans. Comble de la situation, Philippe Plissson reconnaissait ne pas avoir fait une seule réunion du groupe chasse qu'il préside à l'Assemblée nationale en 2014.

Par la suite d'autres responsables cynégétiques ont conspué le rapport de l'office et son rédacteur Vincent Schricke abreuvant les chasseurs d'une berceuse enchanteresse...

Tous les chasseurs de gibier d'eau avaient plaisir à entendre que la chasse des oies serait possible jusqu'à la fin février sur la base des balises ou de je ne sais quelle nouvelle donnée inconnue des chasseurs jusqu'alors... mais qui attestera que les oies remontent que fin février voir début mars, etc., etc.

Sauf erreur de ma part, ce n'est pas parce qu'il y a des oies en Espagne au mois de février que nous pourrons chasser après le 31 janvier, car l'argument juridique de nos opposants reste l'article 7-1 de la directive 2009/147 CEE et de sa transcription en droit français, armé d'une jurisprudence du Conseil d'État défavorable qui dit qu'on ne peut plus chasser une espèce dès le premier oiseau en trajet de retour.

Aux états généraux du gibier d'eau, j'avais personnellement mis en garde ceux qui annonçaient trop vite détenir la preuve absolue pour une chasse des oies jusqu'au 20 février 2015 et j'émettais des réserves sur le lancement d'études officielles sur les trajets de migrations prénuptiales qui nous conduiraient à coup sûr dans le mur... (c'est fait !)

Comment un échantillon de quelques dizaines d'oies pourrait être la règle commune à plusieurs centaines de milliers d'oies, d'autant que la jurisprudence de la directive fonde son interdiction sur le premier oiseau en trajet de retour.

En consultant mes cahiers de tonne de 1988 à aujourd'hui, la lecture des mouvements migratoires, des températures et des prélèvements plaide plus en faveur du rapport de Vincent Schricke que de ceux qui annoncent des pics migratoires fin février voir au mois de mars. N'est-il pas venu le temps de la concertation et d'engager les bonnes batailles pour éviter de nouvelles déconfitures ?

2015-02-puyjalon2Effectivement, si la fin de saisons 88, 89 et 90 avait mis en évidence des oies en retour après le 15 février, avec des pics migratoires après le 20 /02, les années 91, 92, étaient les premières à marquer quelques observations sur la première décade de février. Fin janvier 93 furent observées quelques oies puis tout au long du mois de février les oies auront été présentes en migration malgré les températures négatives. En janvier 1994 je notais sur mon cahier de tonne: début exceptionnel de remontée des oies». Cette année-là, le 4 février j'assistais à une réunion de défense de la chasse des migrateurs en février avec Georges Riboulet à Braud-Saint-Louis. Toujours dans ces notes, on pouvait lire, 7 février de beaux vols d'oies et 12 février grosse remontée d'oies... En 1996 quelques oies présentes au 15 janvier, puis une remontée étalée jusqu'au 8/02 avec un pic migratoire bien marqué vers le 9 février. Avec un mois de janvier 98 froid, il ne fut pas noté de présence d'oie. Avec un redoux en début de mois de février, fortement marqué par des températures proches de 20 C° ( 21C° à Bayonne), il fut observé un vol de plus de 200 oies à très haute altitude sur le bas des Pyrénées en direction du nord. Le 14 février 98 marquait la manifestation nationale des chasseurs à Paris... Et le 19 février j'écrivais où sont passées les oies ? Peut-être la première migration en retour sur le Golfe de Gascogne évitant le Sud-ouest…

La saison 1999 fut celle marquée par la remontée d'oies cendrées début février particulièrement amaigries et qui stationnaient quelques jours dans le sud-ouest pour refaire leur réserve énergétique... Là, nous avions une remontée d'oies à des dates habituelles, mais doublées de besoins alimentaires. Le fameux déplacement erratique qui nous est vendu comme argument de défense de la chasse de retour, et qui apparaît aujourd'hui peu avéré.

Janvier 2001, on nous parle d'une dérogation oie jusqu'au 20 février avec un PMA de 3 oies/jour et le 30 janvier je notais sur le cahier de tonne, février est bien perdu, on tient janvier pour combien de temps ?

2002, 28 janvier gros vols d'oies, 2004, 24 janvier quelques oies, 2007, 2008 deuxièmes décades de janvier présence d'oies et depuis le phénomène reste le même...

Les études scientifiques avec les balises ont été efficaces pour établir l’existence d'une seule espèce d'oie. Nous savions que cet élément scientifique ne servirait pas pour autoriser sa chasse en février, mais qu'il serait un argument (moral) d'importance pour étayer de nouveaux dossiers en vue de les chasser sur fond de massacre au nord de l'Europe. Pour autant, cet argument récent n'aura-t-il pas un effet boomerang dans un futur proche ? Une seule espèce et donc fermeture sur le premier oiseau en trajet de retour... Donc pas de chasse même si nos oies hivernantes en France pourraient partir bien plus tardivement que les oies ibériques.

2015-02-puyjalon5Nous avons vu remonter des oies par temps de neige et de froid, et malgré ces conditions hivernales, elles avaient entamé la remontée sans suspendre leur trajet face aux mauvaises conditions climatiques rencontrées... L'interprétation du trajet de retour par un juge reste sur le fondement basique de la directive : départ de son lieu d'hivernage en direction de son lieu de reproduction. Aucune approche temporelle, anatomique ou autre ; seulement celui du trajet de retour. Une directive oiseaux qui n'autorise aucune largesse tant son interprétation et reste par son manque de précision favorable aux opposants à la chasse. Comment est-il possible d'argumenter sur des sujets aussi scabreux que l'interprétation du trajet de retour ? Lorsque le chasseur observe déjà sous nos latitudes des comportements significatifs, que des oiseaux en couple sont observés, que dire d'observations anatomiques ou de la formation de chapelets d’œufs, peuvent plaider contre nous... Lorsque je lis le rapport de Comolet-Tirman, je ne peux que relire un certain nombre de mes propres observations cynégétiques...

Aujourd'hui on nous parle d'établir une dérogation pour chasser ces espèces, CPNT reste prudent sur cette voie, car les Italiens ont appliqué à leur façon les règles de dérogations pour la chasse pour d'autres espèces, mais sous l'action des ONG au parlement européen, les condamnations auront eu raison des volontés nationales. D'autres comme en Pologne ont reçu les mêmes sanctions.

La LPO a déjà lancé une action européenne contre la décision de Ségolène Royal et même si ce sera long, les opposants à la chasse ont toutes les chances d'arriver à leur fin !

Certains diront, mais alors, quelle solution avez-vous à CPNT ?

CPNT avait initié une action de modification de l'article 7 – 1 de la directive européenne, sous l’impulsion de Jean Saint-Josse au parlement européen, malheureusement soldée par un échec pour seulement quelques voix, dont, déjà à l'époque, celles du front national... absent ce jour-là !

Aujourd'hui, CPNT n'a pas la solution miracle, mais quelques voies sont à explorer : l’adaptation du guide interprétatif pour une chasse autorisée des espèces en février qui passerait par une prise de conscience des instances politiques nationale et européenne autour d'un consensus autour du 15 février. Une mesure qui serait accompagnée d'un suivi des effectifs chassés en formalisant pour les espèces causant des dégâts agricoles, des risques aéroportuaires et sanitaires, une chasse possible jusqu'au pic migratoire de trajet de retour et suivant la stabilisation des effectifs ou pas, une évolution d'une décade glissante en plus ou en moins selon l'évolution de l'espèce pour mieux en approcher la stabilisation des effectifs doublés d'une prise en compte d'une chasse plaisir et traditionnelle ( chartes des traditions européennes)... à l’image du plan de gestion des oies à Bec court, définir une gestion souple et réactive de ces espèces incluant la chasse comme outil de régulation.

C’est l’action de tous auprès des instances politiques nationales et européennes de droite comme de gauche qui  permettra de faire évoluer la législation qui autorisera une chasse plaisir assortie d’un plan de gestion pour toutes ces espèces.

 

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