Comoran - Lettre de CPNT 62 au député Daniel Fasquelle
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25 May 2010
Lettre de Fabrice GOSSELIN (Délégué Départemental Adjoint 62) à M. Daniel FASQUELLE Député du Pas de Calais
Monsieur le Député,
Depuis quelques mois maintenant, nous sommes régulièrement alertés par les nombreux pêcheurs à pied, sur les prélèvements effectués par des professionnels sur les gisements d’arénicoles de la plage du Touquet, sachant que parmi eux des belges viennent abondamment piller la ressource en vers marins.
Soucieux de l’état de l’écosystème marin de notre littoral, nous sommes favorables à un prélèvement raisonné ,limité et encadré des vers marins sur ces gisements . En effet, l’inquiétude grandissante des pêcheurs de loisir est motivée par le nombre croissant des professionnels, pour la plupart originaires de la Baie de Somme et de Belgique, procédant à ces prélèvements, attise la colère des pêcheurs locaux, comme j’ai pu vous en entretenir lors de notre dernier entretien.
En effet, un tel prélèvement massif des vers conduirait à un désastre écologique ,contraire à une démarche de développement durable souhaité par le gouvernement. Cela devient intolérable et nous serons, à la demande des très nombreux pêcheurs de loisir, amenés à nous mobiliser dans les prochains jours, face à cette invasion de professionnels qui, au titre de difficultés économiques (interdiction en Belgique de prélever les vers), ne respectent pas la biodiversité du milieu et prélèvent tout sur leur passage uniquement à des fins mercantiles.
De fait, cette ressource négligée par le passé et devenue aujourd’hui un enjeu économique de poids pour les pêcheurs de loisir. Comme nous avons pu le signaler à Monsieur Michel Peltier, conseiller technique "mer et rivages" auprès du ministre de l'écologie, Monsieur Borloo, et dernièrement à Monsieur Toison, chargé d’étude auprès du futur parc marin.
Lors de sa visite sur le terrain, il a été impressionné par le nombre de pêcheurs professionnels procédant à des prélèvements massifs, et plus particulièrement étonné des techniques de prélèvement utilisées et qui sont destructrices, non respectueuses du milieu naturel et de l’arrêté 51-2002 modifié.
C'est ainsi que d’une situation acceptable par le passé car mesurée, on est passé aujourd’hui à un pillage de la ressource.
Or, depuis 2001, la pêche à pied professionnelle est encadrée et règlementée. Pour la Manche et la Mer du Nord, un nombre de permis (380) pour la pêche à pied est délivré annuellement par le Préfet et les licences sont ensuite attribuées par le Comité Local des Pêches .Je ne pense pas que nos voisins belges soient titulaires de licences accordées...
Le constat aujourd’hui est donc l’absence d’encadrement et de contrôles efficaces des licences accordées ainsi que la recrudescence des professionnels sans licences sur se gisement; ceci menace aujourd’hui gravement la ressource en arénicoles et tout l’écosystème.
Aucune évaluation de stocks n’a été faîte par un organisme indépendant (IFREMER) et il est aberrant de demander à la ressource de payer le poids d’un manque d’encadrement et de contrôle et ce, d’autant plus que la demande s’inscrit dans le périmètre de la future mise en place du futur parc marin des 3 estuaires Somme, Authie et Canche et dans le périmètre Natura 2000 terre et mer !
Nous ne pouvons rester sans bouger face à un tel désastre qui, sous prétexte d’interdiction en Belgique et de difficultés économiques que nous ne contestons pas, serait de nature à provoquer une disparition pour plusieurs années des vers marins sur les gisements du Touquet, ce qui mettrait en danger toute la filière et son impact touristique.
C'est bien pourquoi les nombreux pêcheurs locaux et occasionnels (touristes) s’inquiètent également des retombées négatives qui pourraient être occasionnées par ces prélèvements et dont l’activité de pêche de loisir est une des composantes importantes de la fréquentation touristique des communes de la Côte d’Opale.
Mais un fléau impacte et menace également notre littoral : c’est le cormoran (phalacrocorax carbo carbo) aujourd’hui en nombre considérable et croissant. Cette invasion biologique a considérablement modifié les écosystèmes et la biodiversité.
A ce jour, aucune décision administrative n’a été prise concernant la régulation des cormorans vivant en zone maritime alors que sa population a été multipliée par vingt ces dernières années et serait comprise entre 1.7 et 1.8 millions d’individus au minimum en Europe de l’ouest (hollande, Belgique, France, Espagne et Italie) !
Or les cormorans engendrent des dommages durables aux fermes aquacoles comme aux stocks de nombreuses espèces sauvages dans les eaux intérieures qui font pourtant l'objet de mesures d'encadrement de la part de l'Union Européenne !
Les communications des aquaculteurs sont particulièrement alarmistes. Outre les risques sanitaires (pour information, sur 67 cormorans régulés en 2008 dans une AAPPMA, 59 étaient porteurs du taenia, soit environ 90% !) et la prolifération d’espèces envahissantes, la production piscicole française en étangs a diminué d’un tiers essentiellement en raison de l’impact des cormorans. A titre d’information, la France exportait 1500 tonnes de poisson en 1996; en 2009, elle en importait 1500 tonnes pour satisfaire les clients ! Ceci sans oublier les 50 millions de pertes de production piscicole dus essentiellement aux dégâts causés par les cormorans, la lassitude et le désespoir exprimés par les pisciculteurs français sont graves car ils vont déboucher sur des abandons d’activité, la disparition des zones humides et le risque de générer des actions et des débordements incontrôlés de la part d'une profession devenue sinistrée dans un silence assourdissant des pouvoirs publics sur cette question.
Pourtant des mesures existent quant aux cormorans avec une régulation prévue mais non effective dans les faits : le Parlement Européen a adopté par 558 voix pour, 7 voix contre et 18 abstentions, une résolution sur l’établissement d’un plan de gestion des cormorans. Ce rapport d’initiative parlementaire avait été déposé en vue de son examen par M. Heinz Kindermann au nom de la commission pêche.
Globalement, le Parlement Européen demande à la Commission d’examiner tous les moyens juridiques existants, pour réduire les incidences négatives des effectifs de cormorans sur la pêche et l’aquaculture et à présenter des propositions pour régler dans son ensemble le problème des cormorans.
La Commission est également appelée à présenter un plan de gestion sur plusieurs étapes, coordonné à l’échelle européenne, sur l’effectif des cormorans en sorte d’intégrer à long terme les effectifs de cormorans dans le paysage humain, sans compromettre la réalisation des objectifs énoncés par la directive 79/409/CEE du 2 Avril 1979 aujourd'hui remplacée récemment par la directive 2009/147/CEE et dans le programme de natura 2000 pour ce qui est des poissons et des écosystèmes aquatiques .
La Commission devrait également apporter plus de précisions à la notion de « dommages importants » introduite à la directive oiseau 2009/147/CEE de manière à permettre une interprétation uniforme de ces termes (Nous travaillons à CPNT à cette notion par rapport à l’impact des éoliennes et notamment offshores sur la migration des oiseaux, il peut y avoir une piste à ne pas négliger).
De la même manière, la Commission devrait communiquer des orientations plus générales sur la nature des dérogations autorisées par la même directive afin de lever toute ambigüité potentielle sur la terminologie utilisée.
Le temps passe et on ne vient guère de choses arriver concrètement sur le terrain quant à ce dispositif européen : la Commission semblant plus prompte à réagir quand il s'agit de limiter la chasse...
Au delà de cette inertie européenne, le mille-feuille législatif et réglementaire français est en outre une des grandes sources des problèmes auxquels sont confrontés les pêcheurs et la filière piscicole car nos propres législations se coordonnent mal. Nous estimons nécessaire la création d’une commission interministérielle pour identifier les obstacles et surtout les lever : ce serait une mesure de bon sens appréciée à sa juste valeur par le monde de la pêche ?
Toujours dans ce problème "cormoran", pour ce qui est de notre Côte d’Opale, un très grand nombre de pêcheurs eau douce et eau de mer se sont exprimés par pétition pour la mise en application du plan de régulation du cormoran. Comme j’ai pu aussi vous le signaler lors de notre entretien, de nombreux indicateurs attestent de l’urgence à bien vouloir mettre en œuvre d'urgence un plan ambitieux de régulation de cette espèce sur notre littoral. La conservation des espèces piscicole, et notamment de bars juvéniles (ils passent les 4 premières années de leur existence près des côtes et dans les estuaires), des truites de mer et des saumons qui remontent la Canche pour frayer, est réellement menacée du fait de la prolifération du cormoran.
Les pêcheurs sportifs et amateurs, acteurs responsables, dénoncent avec force l’indolence actuelle face à un phénomène qui s’amplifie d’année en années qui, comme vous le savez, ruine les divers plans de conservation de la faune piscicole, comme cela a déjà été le cas pour la pêche en eau douce.
La réapparition d’espèces telles que le saumon atlantique ou la truite de mer dans la Canche étaient emblématique et porteuse d’espoirs pour la rivière et la pêche sportive. Las, il faut déchanter…Pire, l’état de conservation d’espèces endémiques, telles que le bar laisse craindre que ce poisson soit sous peu classé dans la liste des espèces en danger, voire disparues, sur la Côte d’Opale.
Tout cela par la faute de la prédation des cormorans, dont le nombre ne cesse de croître. Ils ne sont à présent plus menacés de disparition aujourd'hui (on voit là les méfaits d'un système de classement des espèces par trop rigide) à l'inverse de certaines espèces. Les résultats scientifiques sont peu accessibles, comment faire ? Une passerelle entre chercheur et acteurs de terrains dont les pêcheurs est nécessaire et c'est une question que j’ai posée lors des travaux de mise en place du futur parc marin.
L’année 2010 n'est-elle pas l’année de la biodiversité ? Pour autant, et peut-être à cause de cela et de toute l'idéologie qui entoure cette question (c'est sur pression des écologistes, surtout allemands, lors du naufrage et de la marée noire de l'Amoco Cadiz en 1978 que le cormoran a été protégé), 2010 ne devrait malheureusement pas être celle de l’année de la régulation accrue du cormoran alors qu'il est lui-même un facteur hautement menaçant de la biodiversité...
Ces deux points sont très importants tant en termes de gestion équilibrée et rationnelle de la biodiversité que pour le maintien d'une pêche de qualité. C'est pourquoi je tenais à vous en faire part pour que vous puissiez appuyer ces demandes légitimes, en vous en faisant l’interprète auprès des autorités compétentes.
Je vous en remercie par avance et dans l'attente d'informations à ce sujet, sachant que je reste disponible pour tout élément complémentaire que vous jugeriez nécessaire et utile,
Je vous prie d'agréer, monsieur le Député, l'expression de mes sincères salutations.
Fabrice GOSSELIN
Délégué départemental Adjoint
CPNT Pas de Calais


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