Lettre d'Eddie Puyjalon au réalisateur Nicolas Vanier

jeudi 23 novembre 2017
Crédit photo : copie écran vidéo BFMTV

Il y a déjà quelques années, dès la mise en ligne de ma première page Facebook, j’affichai dans mes choix cinématographiques celui issu de vos réalisations : le dernier trappeur.

Par la suite, je ne perdais jamais une occasion de mettre à l’honneur l’esprit de votre film dans mes arguments pour la défense de la chasse et de l’environnement. Plus récemment, dans une réponse à une revue cynégétique espagnole «caza word », je me prêtais à souhaiter un nouveau film à l’image du dernier trappeur pour assurer la promotion de la chasse française dans ses dimensions sociétales et environnementales. Quelques jours suivants, votre film « l’école buissonnière » est sorti en réponse à mon souhait. Je peux dire qu’il est à la hauteur de mes attentes et que j’ai participé pleinement à sa promotion tant autour de moi que sur les réseaux sociaux, voire même sur la page officielle dédiée au film.

Oui, « l’école buissonnière » et une formidable école de la nature, des sentiments, des hommes et des animaux et au travers de la chasse et de la vie rurale en général. Quel bonheur de savoir qu’il a déjà dépassé les 1.500.000 entrées et touché un large public !
Néanmoins, je fus surpris par la suite de votre sortie des chemins vicinaux solognots par votre attaque en règle contre les chasses en enclos et les lâchers de gibier dans l’échange que vous avez eu avec Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV (voir l'interview - min 12:50 à min 16:00).

Si personnellement je peux comprendre le sens de votre action sur certaines formes de chasse apparentées à votre Sologne natale, je ne peux en aucune manière vous suivre sur celles que je connais et qui répond, non seulement au manque de gibier naturel, mais de surcroit à une demande de nombreux chasseurs qui, quelques jours dans l’année, vont chasser en petite quantité des faisans et des perdrix de lâchers au sein d'établissements où de propriétés référencées à cet effet. Ainsi vous pourriez apprendre qu’en ces lieux, rayonne bien souvent un sentiment de convivialité où des chasseurs, souvent âgés, sont heureux de se retrouver entre amis et en aucune façon apparentés à des fous de la gâchette. Non, ces chasseurs sont seulement là pour le plaisir de pouvoir pratiquer leur passion en toute liberté, en sécurité et en quantité raisonnable, accompagnés de leurs chiens.

Contrairement à ce que vous dites, dans ces chasses-là, il ne s’agit pas de zoos ni de ball-trap sur gibier vivant et encore moins de kermesses cynégétiques ! Sur ces territoires, il s'agit bien de parties de chasse sur des oiseaux issus de sélection naturelle au comportement sauvage, et vous seriez probablement surpris de voir leur capacité d'adaptation et de défense face aux chiens.

En faisant une généralité nationale de la situation que vous dénoncez en Sologne vous stigmatisez tout un mode de chasse qui pourtant répond aujourd’hui à un besoin, celui de pallier la raréfaction du petit gibier. Pour cela, vous devriez mieux utiliser votre notoriété pour mettre à l’honneur le travail des chasseurs pour la protection des territoires, la gestion des espaces et des espèces et diriger votre communication contre les pesticides, les différents perturbateurs endocriniens déversés dans la nature et les milieux aquatiques par les stations d'épuration et les déversements de boues résiduelles issues de celle-ci, les méthodes agroenvironnementales ou encore les prédateurs qui contribuent à eux aussi à cette raréfaction.

De plus, ces lâchers de gibiers dans des territoires ouverts par de nombreuses sociétés de chasse ou ACCA permettent aux chasseurs de pratiquer leur passion et contribuent à réduire d'autant une pression de chasse qui se serait reportée sur les oiseaux migrateurs comme la bécasse.

Chez vous, en Sologne, j'ai accompagné le travail de l'association des chasseurs de petits gibiers de Loir-et-Cher avec son président Alain Halajko que vous connaissez. Ces chasseurs propriétaires se sont investis depuis de nombreuses années en s'interdisant le moindre prélèvement de perdrix grises tout en multipliant leurs actions de gestion et d’aménagement des territoires, cultures adaptées, régulation des prédateurs, suivi des populations. Un travail conséquent qui n'aura pas permis après de nombreuses années d’efforts de faire redécoller l'espèce et entrevoir un petit prélèvement. Pour ces chasseurs dévoués, la seule solution pour assouvir raisonnablement leur passion et celle de leurs auxiliaires canins, c'est de pouvoir lâcher quelques perdrix grises tout en maintenant leur effort de gestion et d'aménagement sur leur territoire. Il n'y a rien à blâmer dans cette démarche, bien au contraire !

Chez moi, en Nouvelle-Aquitaine comme dans d’autres régions de France, les établissements commerciaux ne couvrent pas des milliers d’hectares et de plus ils apportent une véritable réponse aux besoins de chasseurs souhaitant juste tirer une ou deux pièces de gibier en toute légalité dans la tranquillité et la sécurité tout en étant financièrement abordable. Tirer un faisan, une perdrix, issus d’élevage, à la chasse avec son chien est bien plus honorable que certaines pratiques d’abattages d’animaux de consommation courante ou religieuse et je ne vois pas en quoi elle peut susciter votre réprobation. De même, il est fort probable que pour la réalisation de votre film «l'école buissonnière » vous ayez-eu, vous aussi, recours à l'utilisation de gibier d’élevage sur des territoires solognots… Les éleveurs de gibier devraient-ils donc continuer à n’exercer que pour le seul compte du cinéma ?

J’espère, Monsieur Vanier, que vous reconsidèrerez votre vision de certaines chasses en enclos, en milieu ouvert ou celle des lâchers de gibier qui participent au maintien d'une chasse populaire et qui ne méritent en rien d’être décriées de la sorte, car bien loin de celles que vous dénoncez.
Je reste à votre disposition pour vous faire rencontrer ces territoires et ces chasseurs gestionnaires qui œuvre inlassablement à la défense de la chasse et à son éthique.

 

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