Le choix de la ruralité - Entretien avec Yves d'Amécourt (LMR33)

lundi 11 mai 2020

Yves d’Amécourt, 52 ans, viticulteur, maire de Sauveterre-de-Guyenne, est président de la Communauté de communes de l’Entre-Deux-Mers, conseiller régional. Il est également président du Rassemblement des élus locaux pour l’Aquitaine créé à la fin des années 90 par Jacques Chaban-Delmas et Hugues Martin

La Communauté de commune dont vous avez pris la présidence en 2008 se situe en zone viticole, à une petite heure de Bordeaux, à proximité du Lot-et-Garonne réputé pour ses pro-ductions maraîchères et fruitières. L’économie d’un territoire est-elle forcément attachée à ses productions agricoles ?

Bien sûr. Notre communauté des communes a fait le choix de la ruralité ! À côté des communautés d’agglomérations et des métropoles, notre première force c’est l’agriculture. Depuis 2012 et les diffé-rentes lois de réformes territoriales, nous avons refusé les schémas qui voulaient nous accoler à des villes moyennes, à des noyaux urbains. Nous y aurions perdu notre âme rurale et nos quelques moyens financiers.
Notre territoire de 50 communes se projette des portes de l’aire urbaine de Bordeaux jusqu’aux portes du Lot-et-Garonne. 38 % de nos salariés travaillent dans l’agriculture et c’est pour cette raison que nous avons le label ZRR décerné par le Premier ministre. Notre région était plutôt une région de production de vin en vrac pour le négoce bordelais, désormais, de nouvelles activités de négoce se développent, du service et des industries de première et seconde transformations. Avec toutes nos productions agricoles, il y a une orientation vers les produits finis.
Le deuxième pôle économique de notre communauté rurale, c’est l’artisanat du bâtiment, que nous aidons depuis 20 ans par les OPAH (Opération Programmées d’Amélioration de l’Habitat) que nous avons construit, avant les autres, avec notre syndicat intercommunal pour le logement (réduction des énergies fossiles, lutte contre la précarité énergétique).

Le 24 mars, les ministres Didier Guillaume, Bruno Lemaire et Muriel Pénicaud publiaient un communiqué pour « 200 000 volontaires » voulant rejoindre « la grande armée de l’agriculture ». Qu’est-ce que cela indique ?

Lorsque j’étais porte-parole de François Fillon pour le monde rural, en vue de la campagne des der-nières présidentielles, j’ai fait le tour de France pour rencontrer des agriculteurs. Je me souviens très bien d’une visite chez un producteur de fraises dans la vallée de la Garonne. Je lui demandais : « Quel est l’aléa que tu crains le plus ? ». Je pensais qu’il allait me dire « La météo ! » Il m’a répon-du : « Quand mes fraises sont mûres, si je n’ai personne pour les ramasser ! » Cela malgré les 1 200 RSA (Revenu de Solidarité Active) versés dans la ville voisine par le département. Voilà bien le mal français.
Que manque-t-il pour attirer les travailleurs vers les métiers de la terre ? Il y a un manque de motiva-tion pour des métiers pourtant devenus moins pénibles grâce aux innovations. Il y a un manque de moyens chez les agriculteurs pour pouvoir signer des CDI et proposer de meilleurs salaires.
Le problème de l’agriculture est un problème général de l’entreprise en France. Il est d’autant plus prégnant dans les entreprises qui emploient beaucoup de main d’œuvre (l’agriculture, le bâtiment, l’artisanat, la restauration…) ; l’État schizophrène cherche à développer l’emploi, mais dans le même temps, l’emploi est la chose la plus taxée qui soit !

Plusieurs associations urbaines et de banlieues se mobilisent pour trouver des personnes qui viendraient suppléer la défaillance des saisonniers Espagnols, Marocains ou Bulgares dans les secteurs fruitiers et maraîchers...

C’est une bonne idée. Maintenant, il faut encourager et convaincre ! Plus nous entraînerons les jeunes générations urbaines vers les métiers de la terre plus ils y trouveront des raisons d’espérer ! Autrefois le lien existait entre les villes et les campagnes, car chaque habitant des villes avait un membre de sa famille à la campagne. Cette connaissance allait de soi. En vacances, souvent, on participait aux travaux de la ferme familiale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La ville et la campagne s’ignorent. Les deux en souffrent.
Pourtant, le contact avec la terre est de nature à changer les rapports de chacun avec le monde. Lorsqu’on travaille la terre, on vit au rythme des saisons, les relations avec les autres changent. On prend conscience que l’agriculture n’est pas naturelle et que l’homme et la nature, dans un combat permanent, peuvent faire ensemble de grandes choses. C’est l’ouverture vers d’autres métiers : je pense notamment à la restauration, à la vente de produits sur les marchés, voire, à l’agriculture ur-baine qui se développe de plus en plus. Réussir cela serait un formidable challenge gagnant-gagnant !

Agence de Communication Interrégionale de Presse (ACIP) - 11 mai 2020

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